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La mémoire de la Vendée dans le Figaro Magazine

Le Figaro Magazine paru aujourd'hui met à l'honneur sur une double page le dernier livre de Reynald Secher, « Vendée, du génocide au mémoricide ».


La mémoire de la Vendée dans le Figaro Magazine
Inséré dans la rubrique Idéesmag Histoire, pages 110-111, l'article rédigé par Jean Sévillia, La mémoire de la Vendée, offre une présentation concise des recherches de Reynald Secher sur les Guerres de Vendée. Il retrace notamment la découverte aux Archives nationales d'un carton jusqu'alors ignoré, rempli de papiers signés de la main de Robespierre, Carnot, Barère et autres responsables politiques de l'époque. « On n'avait jusqu'ici découvert aucun document permettant d'affirmer que les membres du Comité de Salut public avait donné des ordres précis et circonstanciés d'extermination. Ces documents, je les publie pour la première fois, » explique l'historien. Les quelques exemples de ces « bouts de papiers » extraits du livre de Reynald Secher sont sans aucune ambigüité.

Jean Sévillia poursuit par un rappel historique sur le déroulement de la guerre de 1793 à 1794, s'interrogeant à propos du bilan humain de cette tragédie, sur l'opportunité de l'emploi du mot « génocide ». Les vieux dogmes assénés depuis deux siècles par l'histoire officielle ont décidément la vie dure. Les faits sont attestés, les preuves sont là, jusqu'aux ordres signés – ce qui n'est pas le cas d'autres génocides reconnus – il ne reste plus qu'à ouvrir les yeux… et les esprits.

Reynald Secher, Vendée, du génocide au mémoricide, 444 pages, 24 euros
Détail du crédit photo : vendee-chouannerie.com
Détail du crédit photo : vendee-chouannerie.com

Complément d'information : le site du Figaro a mis en ligne l'article de Jean Sévillia, la Mémoire de la Vendée.

En voici le texte :

Spécialiste des guerres de Vendée, Reynald Secher s'interroge sur le silence qui entoure encore le massacre de 1793-1794.

En mars dernier, Reynald Secher, spécialiste des guerres de Vendée, auteur d'un ouvrage dont le titre déclencha en son temps une violente polémique (Le Génocide franco-français, PUF, 1986, rééd. Perrin, 2006), achève le manuscrit d'un nouveau livre. En parallèle, il travaille aux Archives nationales dans les dossiers du Comité de salut public, organisme qui gouvernait la France au temps de la Terreur. Au hasard d'un carton, l'historien tombe sur un lot de papiers signés Robespierre, Carnot ou Barère. Dans ces lettres, datées de 1793, les chefs révolutionnaires commandent explicitement de liquider la population vendéenne. Commentaire de Reynald Secher : «On n'avait jusqu'ici découvert aucun document permettant d'affirmer que les membres du Comité de salut public avaient donné des ordres précis et circonstanciés d'extermination. Ces documents, je les publie pour la première fois.» *

L'auteur a donc enrichi son travail avec les papiers exhumés. Le 21 brumaire an II [11 novembre 1793], Paris s'adresse «aux citoyens du peuple réunis à Rennes» : «Le Comité de salut public, chers collègues, a arrêté un plan vaste général tel que les brigands doivent disparaître en peu de temps non seulement de la Vendée mais de toute la surface de la République.» Quatre jours plus tard, l'avertissement est réitéré à l'intention du «citoyen Garnier représentant du peuple à Rennes» : «Les forces républicaines vont se dérouler avec un développement si terrible que bientôt non seulement la Vendée mais encore toute la surface du sol libre seront purgées des rebelles.» Le 27 frimaire an II [17 décembre 1793], c'est aux soldats de l'armée du nord que cette consigne est donnée : «Soldats de la liberté, la convention nationale vous appelle à l'honneur d'exterminer les brigands fugitifs de la Vendée.»
Une insurrection populaire

Rappel historique. Pendant le règne de Louis XVI, les idées nouvelles ont pénétré en Vendée - terme désignant un territoire qui s'étend au-delà de l'actuel département de la Vendée. En 1789, la Révolution, comme partout, suscite de l'espoir chez les habitants du pays. En 1790, l'obligation faite aux prêtres de prêter serment à la Constitution civile du clergé provoque cependant un malaise qui va grandissant en 1791 et qui culmine, en 1792, quand les prêtres réfractaires sont pourchassés. En 1793, la conscription lancée par la Convention finit par mettre le feu aux poudres : la région se soulève en mars.

Contrairement à la légende, le clergé et l'aristocratie n'y sont pour rien : la révolte vendéenne est une insurrection populaire. Si les rebelles échouent devant Nantes, ils prennent Saumur et Angers, déclenchant l'inquiétude dans la capitale. «Détruisez la Vendée», clame alors Barère à la Convention. Pendant l'été, le Comité de salut public rassemble plusieurs armées qui prennent le pays en tenaille, avec l'ordre de ne pas faire de quartier. Le 1er août et le 1er octobre 1793, deux textes votés par la Convention donnent une justification légale aux massacres qui commencent. Franchissant la Loire, les familles vendéennes tentent d'échapper à l'étau qui se resserre. Les révoltés investissent Le Mans, s'enfoncent en Normandie, puis refluent sous le nombre de leurs adversaires, la retraite virant à la catastrophe. Le 23 décembre 1793, les débris de l'armée catholique et royale sont anéantis à Savenay. «Il n'y a plus de Vendée, annonce Westermann à la Convention, elle est morte sous notre sabre libre avec ses femmes et ses enfants (...) Suivant les ordres que vous m'avez donnés, j'ai écrasé les enfants sous les pieds de mes chevaux, massacré les femmes qui n'enfanteront plus de brigands. Je n'ai pas un prisonnier à me reprocher. J'ai tout exterminé.»

Toutefois, ce n'est que le premier acte de la tragédie. A Nantes, Carrier fait régner la terreur, noyant 10 000 innocents dans la Loire. «Nous ferons de la France un cimetière, proclame-t-il, plutôt que de ne pas la régénérer à notre façon.» Afin de prévenir un nouveau soulèvement, les colonnes infernales de Turreau sillonnent la Vendée. De décembre 1793 à juin 1794, elles déciment la population, incendient fermes et villages, détruisent récoltes et troupeaux. D'après les chercheurs, les guerres de Vendée sont responsables, dans les deux camps, de 140 000 à 190 000 victimes, soit entre le cinquième et le quart de la population. Or, au plus fort de la répression, en 1794, la République n'est plus en danger. Ni intérieur, puisque les Vendéens ont été écrasés, ni extérieur, puisque les armées françaises ont accumulé les victoires sur la frontière nord-est. Populicide (le mot est de Babeuf) ou génocide ? Quel que soit le terme adéquat, l'opération de maintien de l'ordre s'est bel et bien transformée en entreprise exterminatrice, et pour des raisons idéologiques. «Il faut que la Vendée soit anéantie, écrivait Haxo, parce qu'elle a osé douter des bienfaits de la liberté.»
De trop rares travaux universitaires

Le nouveau livre de Reynald Secher ne constitue pas le récit de cette histoire, même si elle est rappelée à grands traits, mais une réflexion sur le silence qui l'a longtemps entourée et qui, d'une certaine manière, n'est pas totalement dissipé, en dépit des (rares) travaux universitaires consacrés à la question ou du réveil de l'identité vendéenne, symbolisé par Le Puy du Fou. L'ouvrage est militant - jusqu'à réclamer une loi reconnaissant le génocide vendéen, point de vue discutable - et sa perspective comparatiste avec la Shoah ou le génocide arménien est un peu rapide. Secher creuse néanmoins un sujet essentiel en revenant sans cesse sur le massacre de 1793-1794, qui reste le point aveugle de la Révolution française.--

* Vendée, du génocide au mémoricide, de Reynald Secher, préface de Gilles-William Goldnadel, postfaces d'Hélène Piralian et de Stéphane Courtois, Cerf, 444 p., 24€.
Vendredi 21 Octobre 2011
La rédaction
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