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« Je ne fêterai pas votre révolution » ou La guerre de Vendée en poésie, Pierre d'Angles, Janvier 1989 (partie 3/3)

Pour clore notre étude sur la guerre de Vendée en poésie, voici le troisième et dernier volet sur le poème de Pierre d'Angles, « Je ne fêterai pas votre révolution ».
Nous allons aujourd'hui nous attarder sur les cinq dernières strophes du poème, qui nous conduiront progressivement vers une conclusion générale, véritable récapitulatif de tout ce que le poète a détaillé auparavant...


« Je ne fêterai pas votre révolution » ou La guerre de Vendée en poésie, Pierre d'Angles, Janvier 1989 (partie 3/3)
Vous avez tout brûlé, chez nous, châteaux, chaumières,

Etables et clochers. Vous traîniez les enfers

Pour faire du bocage un immense désert

Sans une âme qui vive et sans pierre sur pierre…

Vous n’aviez pas pensé que tout le sang versé

Au terroir de l’amour serait semence vive.

Il germe en attendant nos prochaines métives ;

Il fleurira, demain, épi de liberté.

La liberté de croire en un Dieu qui pardonne.

En un ordre qui met, au sommet, le devoir

Le courage et la foi. Qui veut que le pouvoir
Ne dépende jamais du nombre et de la somme…

Aujourd’hui nous pouvons vous juger à vos faits.

Votre révolution a incendié notre terre.

Elle a porté, partout, la misère et la guerre,

Quand le monde a jamais plus désiré la paix…

Je ne peux pas fêter votre révolution.

On ne célèbre pas le vol, le viol, le crime.

Je porterai le deuil de toutes ses victimes.

Elles seules ont droit à ma vénération

Un douloureux bilan...

« Je ne fêterai pas votre révolution » ou La guerre de Vendée en poésie, Pierre d'Angles, Janvier 1989 (partie 3/3)
Pierre d'Angles dresse tout d'abord une longue liste de tous les ravages que la Révolution a laissés derrière elle. Ses affirmations, qui prennent des allures de reproches et d'accusation, visent en fait à montrer que les dégâts (matériels [« pierre »] et humains [« âme »]) provoqués par les armées de la République en Vendée sont inoubliables et indélébiles, tellement ils ont marqué de manière profonde le conscient et l'inconscient populaires pendant plusieurs générations.
Avec cette liste qui n'en finit pas de s'allonger, l'énumération « vous avez tout brûlé, chez nous, châteaux, chaumières, étables et clochers » montre bien qu'il s'agit d'une destruction totale (« sans une âme qui vive et sans pierre sur pierre »), menée au nom de cette Révolution que d'autres s'apprêtent, en 1989, à louer et à célébrer . Cette destruction concerne d'ailleurs la population dans son ensemble : nobles et aristocrates (« châteaux »), prêtres et paroissiens (« clochers »), paysans et gens du peuple (« étables », « chaumières »)...
Les armées républicaines sont ici assimilées à des légions sataniques (« vous trainiez les enfers »). Sans doute un clin d'oeil aux terribles colonnes dites infernales du général Turreau, qui en Vendée, pratiquaient la politique de la terre brûlée. Le temps a passé, mais pour le poète, le souvenir reste néanmoins très vivace, et si certains feignent d'être amnésiques (ou ne veulent pas, tout simplement, reconnaître cette froide réalité), d'autres, comme Pierre d'Angles, se souviennent et accusent.
Cette perennité du souvenir se reflète d'ailleurs dans la présence du champ lexical de la fécondité, de la fertilité et de la récolte : « semance », « il germe », « métives », « fleurira », « épi ».
Les rimes des termes « sang versé », «vive », avec « liberté » et « métives », sont là encore loin d'être anodines. Le poète nous suggère par là que lors de sa Grand'guerre, la Vendée n'a pas souffert pour rien, et que le sang que ses fils ont versé pour elle, n'a pas été inutile : il a, par la suite, généré l'amour qui aujourd'hui, enveloppe le souvenir tragique de ces drames.
Parce que la Vendée est morte, la Vendée est née.

Une liberté revendiquée haut et fort

« Je ne fêterai pas votre révolution » ou La guerre de Vendée en poésie, Pierre d'Angles, Janvier 1989 (partie 3/3)
Comme un pied de nez à la sacro-sainte « Liberté » si chère aux révolutionnaires d'hier et d'aujourd'hui, le poète revendique, lui, sa propre liberté : la liberté de culte tout d'abord, c'est à dire, pouvoir « croire en un dieu qui pardonne ». L'historien avertit peut voir à travers ces mots une subtile allusion au Pardon des Vendéens, connu aussi sous le nom Pardon de Bonchamps. Le Pardon, une des valeurs fondatrices du christianisme.
L'évocation de cet « ordre » que certains se sont acharnés à détruire permet à Pierre d'Angles de replacer « le devoir, le courage et la foi » comme valeurs suprêmes. Des valeurs fermes et sûres, qui font que le pouvoir n'obéisse plus à l'arbitraire « du nombre et de la somme ».

Le terme « Aujourd'hui » actualise les propos du poète dans un contexte précis et clairement identifiable : 1989, année du bicentenaire.
La sentence « Votre révolution a incendié notre terre » est un coup porté à cet événement mythifié, glorifié, au point de devenir deux cents ans plus tard le socle de toute l'histoire française moderne. Le bilan de cette révolution ne peut qu'être négatif puisqu' « elle a porté, partout, la misère et la guerre », à une époque où « le monde a jamais plus désiré la paix »... Pierre d'Angles souligne ici l'un des grands paradoxes de notre révolution. A cette remarque, on ne peut s'empêcher de repenser aux propos d'Alexandre Soljenitsyne qui, le 25 Septembre 1993, au moment de l'inauguration du Mémorial de la Vendée, faisait remarquer :

« Le mot révolution lui-même, du latin revolvere, signifie rouler en arrière, revenir, éprouver à
nouveau, rallumer. Dans le meilleur des cas, mettre sens dessus dessous. Bref, une kyrielle de
significations peu enviables. De nos jours, si de par le monde on accole au mot révolution l'épithète
de «grande», on ne le fait plus qu'avec circonspection et, bien souvent, avec beaucoup d'amertume ».

C'est pourquoi, au moment de l'écriture, Pierre d'Angles ne peut se joindre ni se reconnaître dans de telles célébrations commémoratives.
Le verbe « pouvoir », placé ici dans sa forme négative : « Je ne peux », révèle justement cette incapacité du poète. Comme des justifications apportées, celui-ci remarque : « On ne célèbre pas le vol, le viol, le crime ». Et comment pourrait-on le faire ?, semble t-il nous murmurrer.
Une fois encore, il s'inscrit en totale opposition à tout cela, et se réclame solidaire des victimes dont il endosse le deuil, plein de respect et d'humilité, car finalement, « elles seules ont droit à [sa] vénération ».

Conclusion

« Je ne fêterai pas votre révolution » ou La guerre de Vendée en poésie, Pierre d'Angles, Janvier 1989 (partie 3/3)
Véritable prouesse littéraire, majoritairement composée en alexandrins, ce poème de Pierre d'Angles est parfaitement abouti, tant dans sa forme et que dans son contenu. Mêlant deux registres (l'histoire au service de la poésie) qui n'ont d'ordinaire pas l'habitude de se rencontrer, ce poème est emprunt d'une musicalité particulière : les très nombreux « Je ne fêterai pas votre révolution » sonnent comme un refrain, alors que les différentes strophes de cette ode à l'histoire de la guerre de Vendée peuvent être vues comme autant de couplets complémentaires.
Composé en 1989, ce poème s'avère être singulièrement moderne encore de nos jours, et ce surtout à la veille du 220è anniversaire de l'insurrection vendéenne l'année prochaine en 2013. Mais ça, c'est une autre histoire...

Amaury GUITARD

Rappel sur l'Oradour Vendéen

Les Lucs, la Vendée, la Terreur et la Mémoire – Pierre MARAMBAUD

L'étude qui a mis un terme aux polémiques sur le grand massacre des Lucs-sur-Boulogne, l'un des drames du génocide vendéen.

Mystère en Vendée : le martyrologe de Barbedette, classé monument historique, ne serait-il qu'un faux ?
Le martyrologe, c'est ce document établi en mars 1794 par l'abbé Barbedette, curé du Grand Luc. Une liste de 564 noms : des hommes mais surtout des femmes et des enfants, massacrés un mois auparavant par une des colonnes infernales du Général Turreau.
Un document hallucinant.
Pourtant, bien des points obscurs demeuraient. Pierre Marambaud a voulu en avoir le cœur net.
A sa connaissance intime des lieux, cet universitaire allie une longue pratique des méthodes les plus pointues de la recherche historique.
Plus qu'une enquête : une quête.

228 pages, 20 x 20, cahier d’illustrations couleurs

Pour en savoir plus : Les Lucs, la Vendée, la Terreur et la Mémoire – Pierre MARAMBAUD
Vendredi 5 Octobre 2012
A.M.
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1.Posté par Louis D'ARTAGNAN le 06/10/2012 07:51
Voici l'ode de Victor Hugo à l'Enfant Martyr sacrifié sur l'Autel de la Liberté Républicaine et de ses Droits de l'Homme !

Il est difficile d'ouvrir le livre d'histoire de la République parce que les premières pages sont collées par les larmes de sang de trop nombreux enfants-martyrs.

Les enfants cloués au cou comme des chouettes sur les portes des églises,
Les enfants vendéens brûlés dans les four à pains,
Les enfants écrasés dans le ventre de leur mère écrasées dans les pressoirs à vin, ont-ils eu le droit de respirer l'air de la liberté républicaine ?



Louis XVII

I

En ce temps-là, du ciel les portes d'or s'ouvrirent ;
Du Saint des Saints ému les feux se découvrirent ;
Tous les cieux un moment brillèrent dévoilés ;
Et les élus voyaient, lumineuses phalanges,
Venir une jeune âme entre de jeunes anges
Sous les portiques étoilés.

C'était un bel enfant qui fuyait de la terre ;
Son œil bleu du malheur portait le signe austère ;
Ses blonds cheveux flottaient sur ses traits pâlissants ;
Et les vierges du ciel, avec des chants de fête,
Aux palmes du martyre unissaient sur sa tête
La couronne des innocents.

II

On entendit des voix qui disaient dans la nue :
– «Jeune ange, Dieu sourit à ta gloire ingénue ;
Viens, rentre dans ses bras pour ne plus en sortir ;
Et vous, qui du Très-Haut racontez les louanges,
Séraphins, prophètes, archanges,
Courbez-vous, c’est un roi ; chantez, c'est un martyr !»

– «Où donc ai-je régné ? demandait la jeune ombre.
Je suis un prisonnier, je ne suis point un roi.
Hier je m'endormis au fond d'une tour sombre.
Où donc ai-je régné ? Seigneur, dites-le moi.
Hélas ! mon père est mort d'une mort bien amère ;
Ses bourreaux, ô mon Dieu, m'ont abreuvé de fiel ;
Je suis un orphelin ; je viens chercher ma mère,
Qu'en mes rêves j'ai vue au ciel.»

Les anges répondaient : – «Ton Sauveur te réclame.
Ton Dieu d'un monde impie a rappelé ton âme.
Fuis la terre insensée où l'on brise la croix,
Où jusque dans la mort descend le régicide,
Où le meurtre, d'horreurs avide,
Fouille dans les tombeaux pour y chercher des rois»

– «Quoi ! de ma lente vie ai-je achevé le reste ?
Disait-il ; tous mes maux, les ai-je enfin soufferts ?
Est-il vrai qu'un geôlier, de ce rêve céleste,
Ne viendra pas demain m'éveiller dans mes fers ?
Captif, de mes tourments cherchant la fin prochaine,
J'ai prié ; Dieu veut-il enfin me secourir ?
Oh ! n'est-ce pas un songe ? a-t-il brisé ma chaîne ?
Ai-je eu le bonheur de mourir ?

»Car vous ne savez point quelle était ma misère !
Chaque jour dans ma vie amenait des malheurs ;
Et, lorsque je pleurais, je n'avais pas de mère
Pour chanter à mes cris, pour sourire à mes pleurs.
D'un châtiment sans fin languissante victime,
De ma tige arraché comme un tendre arbrisseau,
J'étais proscrit bien jeune, et j'ignorais quel crime
J'avais commis dans mon berceau.

»Et pourtant, écoutez : bien loin dans ma mémoire,
J'ai d'heureux souvenirs avant ces temps d'effroi ;
J'entendais en dormant des bruits confus de gloire,
Et des peuples joyeux veillaient autour de moi.
Un jour tout disparut dans un sombre mystère ;
Je vis fuir l'avenir à mes destins promis
Je n'étais qu'un enfant, faible et seul sur la terre,
Hélas ! et j'eus des ennemis !

»Ils m'ont jeté vivant sous des murs funéraires ;
Mes yeux voués aux pleurs n'ont plus vu le soleil ;
Mais vous que je retrouve, anges du ciel, mes frères,
Vous m'avez visité souvent dans mon sommeil.
Mes jours se sont flétris dans leurs mains meurtrières,
Seigneur, mais les méchants sont toujours malheureux ;
Oh ! ne soyez pas sourd comme eux à mes prières,
Car je viens vous prier pour eux.»

Et les anges chantaient : – «L'arche à toi se dévoile,
Suis-nous ; sur ton beau front nous mettrons une étoile.
Prends les ailes d'azur des chérubins vermeils ;
Tu viendras avec nous bercer l'enfant qui pleure,
Ou, dans leur brûlante demeure,
D'un souffle lumineux rajeunir les soleils !»

III

Soudain le chœur cessa, les élus écoutèrent ;
Il baissa son regard par les larmes terni ;
Au fond des cieux muets les mondes s'arrêtèrent,
Et l'éternelle voix parla dans l'infini :

«O roi ! je t'ai gardé loin des grandeurs humaines.
Tu t'es réfugié du trône dans les chaînes.
Va, mon fils, bénis tes revers.
Tu n'as point su des rois l'esclavage suprême,
Ton front du moins n'est pas meurtri du diadème,
Si tes bras sont meurtris de fers.

»Enfant, tu t'es courbé sous le poids de la vie ;
Et la terre, pourtant, d'espérance et d'envie
Avait entouré ton berceau !
Viens, ton Seigneur lui-même eut ses douleurs divines,
Et mon Fils, comme toi, roi couronné d'épines,
Porta le sceptre de roseau.»

Décembre 1822.


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